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Bruxelles décide si votre yacht entre au marché carbone

La Commission européenne a recensé 896 yachts de 400 à 4 999 GT faisant escale dans des ports de l'UE en une seule année, et d'ici au 31 décembre 2026 elle doit dire au Parlement européen si cette tranche de tonnage a sa place dans le marché carbone de l'UE. Le statut honnête est celui d'un réexamen, rien de plus. Mais la clause contraignante couvre tous les types de navires de la tranche, et le scénario le plus large sur la table touche déjà les voyages de yachts privés.
17 juillet 20263 min de lectureYotters DeskÉdité par Leon Soliman

Ce qui est tranché aujourd'hui

Depuis janvier 2024, le système d'échange de quotas d'émission de l'UE s'applique aux navires de commerce et à passagers de 5 000 GT et plus faisant escale dans les ports européens, et la Commission européenne confirme que la montée en charge se poursuit : les quotas couvraient 40 pour cent des émissions de 2024, couvrent cette année 70 pour cent de celles de 2025, et atteindront 100 pour cent à partir de 2027. Le méthane et le protoxyde d'azote ont rejoint le dioxyde de carbone dans le périmètre le 1er janvier 2026. Comme l'a relevé l'avocat maritime Christoph Schliessmann dans SuperyachtNews en janvier 2026, ce seuil de 5 000 GT laisse la plupart des yachts, privés ou commerciaux, hors du dispositif.

Le périmètre bouge déjà. Depuis le 1er janvier 2025, les navires de charge générale de 400 à 5 000 GT et les navires offshore de plus de 400 GT doivent surveiller et déclarer leurs émissions au titre du régime MRV de l'UE, sans restituer de quotas, et les navires offshore de 5 000 GT et plus entreront pleinement dans le SEQE en 2027, selon les orientations publiées par la Commission. En dessous de 5 000 GT, aucun yacht ne paie de carbone aujourd'hui. Cela au moins est tranché.

La clause de réexamen des 400 GT

L'article 3gg de la directive SEQE impose à la Commission de faire rapport au Parlement européen et au Conseil de l'Union européenne d'ici au 31 décembre 2026 sur la faisabilité et les incidences économiques, environnementales et sociales de l'intégration des navires d'une jauge inférieure à 5 000 GT mais non inférieure à 400 GT dans le système. Le texte contraignant, dans sa version consolidée sur EUR-Lex, est plus large que ne le laisse entendre la FAQ de la Commission elle-même : la FAQ parle des navires offshore et de charge générale de cette tranche, avec 2028 évoqué comme démarrage possible, tandis que la directive dit "les navires, y compris les navires offshore", donc tous les types, yachts compris, et permet que le rapport arrive assorti de propositions législatives.

Le travail préparatoire existe déjà. En mars 2025, la Commission a publié son réexamen du règlement MRV maritime, COM(2025) 109, qui recensait 8 525 navires de 400 à 4 999 GT ayant fait escale dans des ports de l'UE en 2023, dont 896 yachts représentant environ 1,45 million de tonnes de CO2, et exposait trois scénarios d'extension, le plus large touchant explicitement les voyages de yachts non exploités commercialement. Ce rapport jugeait la seule surveillance peu rentable, avec un coût administratif à la tonne environ sept fois supérieur à celui de la flotte des grands navires, tout en concluant que l'équilibre devient probablement positif dès lors que les navires plus petits alimentent le SEQE, et il a renvoyé ce jugement au réexamen de 2026.

Ce que les propriétaires doivent surveiller

Le calendrier est la première discipline : le rapport tombe d'ici la fin de cette année, et toute extension réelle exigerait encore une proposition législative et son passage au Parlement et au Conseil, ce qui explique que les orientations de la Commission traitent 2028 comme le démarrage le plus précoce concevable pour la tranche. Quand le rapport paraîtra, lisez deux choses avant tout : si une proposition y est jointe, et où il place la limite du commercial. Deux des trois scénarios de COM(2025) 109 reposent sur la question de savoir si un navire transporte des passagers à des fins commerciales, la charnière qui fait basculer dans le périmètre un yacht de 500 GT donné en charter.

Il existe aussi une porte dérobée : le même rapport de la Commission note que l'Autriche, les Pays-Bas et la Suède ont déjà choisi d'intégrer certains navires plus petits ou la navigation intérieure dans ETS2, le marché carbone parallèle, si bien que le pavillon et l'itinéraire peuvent compter avant toute règle à l'échelle de l'UE. Les devoirs à faire sont peu coûteux à l'échelle d'un yacht : la liste de Schliessmann dans SuperyachtNews revient à confirmer le statut de navire à passagers, à mettre les plans de surveillance à niveau pour trois gaz et à inscrire en dur la documentation carburant dans les contrats de charter et de soutage, et la Commission elle-même chiffre la conformité MRV récurrente à EUR 3 690 par an et par navire. Le réexamen ne coûtera pas un euro à un propriétaire en 2026. Mais la flotte a désormais été comptée, et ce que Bruxelles compte, Bruxelles a tendance à le tarifer.

Reportage de première main: European Commission, European Parliament, Council of the European Union, EUR-Lex, SuperyachtNews.
Yotters DeskRédacteur en chef: Leon SolimanCharte éditoriale

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