MB92 perd le chantier de Golfe-Juan, la place repart en appel d'offres

Trois jugements, une exclusivité défaite
Le tribunal administratif de Nice a rendu le 28 juillet trois décisions qui démontent la manière dont le chantier naval situé dans le port Camille Rayon a fini entre les mains de MB92. Pour les juges, la commune ne pouvait pas accorder au groupe un droit exclusif d'occuper le domaine public et d'y exercer une activité sans avoir au préalable publié l'opportunité et organisé une sélection. C'est un constat de procédure et non un jugement sur la façon dont le chantier travaille, et la sanction reste la même: l'autorisation d'occupation temporaire portant sur le chantier doit être résiliée. Les juges ont différé l'effet de neuf mois, le temps pour la ville de monter une procédure régulière et pour le site de continuer à tourner.
Le recours vient de Rodriguez Yachts, qui contestait la manière dont le droit avait été attribué. Le préfet des Alpes-Maritimes a défendu une autre voie, estimant que le montage aurait dû être traité comme une sous-concession de service public, avec les obligations de publicité qui vont avec. Aucun de ces deux arguments n'obligeait le tribunal à reprocher quoi que ce soit à MB92. Le chantier est le bénéficiaire d'une procédure que les juges estiment mal menée par la commune, distinction nette en droit et d'aucun secours pour un propriétaire dont le bateau est déjà réservé.
Ce qui se joue vraiment sur le terre-plein
MB92 a ouvert le site de Golfe-Juan le 18 février 2025, après y avoir consacré plus de EUR 5 millions de modernisation. Le chantier exploite un travel-lift de 240 tonnes, peut tenir seize yachts en même temps et travaille jusqu'à une limite d'environ 43 mètres. Plus de quinze personnes de l'exploitation précédente sont restées, sous la direction du site Philippe Escousse, et l'ensemble est conduit avec MB92 à La Ciotat, dont le directeur général est Rob Papworth.
Ces caractéristiques placent Golfe-Juan dans la partie la plus chargée du marché du refit, pas dans sa vitrine. Les yachts de 30 à 43 mètres forment le segment de volume de la Côte d'Azur, et ce sont eux qui ont le plus besoin d'un chantier à portée immédiate d'Antibes, de Cannes et de Monaco. Un propriétaire de 90 mètres a de toute façon peu d'options et planifie des années à l'avance. Un propriétaire de 38 mètres compte réserver un hiver, remettre les clés en novembre et récupérer le bateau en mars.

La concession du port n'est pas touchée
Les jugements laissent intacte la concession portuaire d'ensemble. Ce contrat a été signé le 8 juillet 2024 avec D Marinas Hellas, du groupe D-Marin, et porte sur l'exploitation de la marina elle-même. Seul le droit distinct d'exploiter le chantier à l'intérieur du port a été jugé irrégulier. La distinction mérite d'être retenue, car elle signifie que les places de port et les services de la marina à Golfe-Juan ne sont pas en cause ici.
Ce qui est en cause, c'est qui tiendra le terre-plein et l'élévateur une fois les neuf mois écoulés. Un nouvel appel d'offres peut se terminer par le maintien de MB92, par l'arrivée d'un concurrent, ou par une période où personne ne sait très bien. Rodriguez Yachts est un nom installé sur cette côte et a déjà montré qu'il allait au contentieux sur la procédure. Un propriétaire fera bien de tabler sur une compétition plutôt que sur une formalité.
L'hiver 2026-2027 est sûr, le printemps 2027 non
Neuf mois à compter du 28 juillet mènent à la fin avril 2027. Le calendrier est propre, voulu ou non: il dégage toute la saison de refit de l'hiver 2026-2027, c'est-à-dire le moment où la flotte de la Riviera sort réellement de l'eau. Un yacht sorti en novembre et remis à l'eau en mars n'est concerné par rien de tout cela.
L'exposition se situe sur la saison suivante. Les chantiers prennent des réservations un an et plus à l'avance, et les devis pour les travaux du printemps et de l'été 2027 s'écrivent aujourd'hui sur un site dont l'exploitant peut changer avant le solde de la facture. Celui qui signe pour cette période devrait demander qui sera en face en mai 2027, ce qu'il advient d'un chantier à moitié fait si l'autorisation tombe, et si les acomptes survivent à cet événement. Aucune de ces questions n'est exotique. Aucune n'avait à être posée à Golfe-Juan il y a une semaine.

Une côte serrée se resserre
Le fond du sujet, c'est la capacité. L'espace de refit entre Marseille et la frontière italienne manque de façon chronique, et la tranche sous 45 mètres le sent en premier parce qu'elle pèse le moins face aux chantiers. Chaque site qui devient incertain pousse du travail vers La Ciotat, vers l'Italie, ou vers un convoyage assez long pour entamer la saison. Ce coût retombe sur le propriétaire et non sur le chantier.
Pour un bateau de cette taille, l'accès facile à un bon chantier fait partie de ce que vaut l'actif. Il raccourcit l'immobilisation et il se voit à la revente, dans une expertise qui revient propre. Un litige sur des règles de publicité dans un contrat communal a tout du papier administratif. En pratique, il contribue à décider où un 40 mètres passera l'hiver 2027-2028 et ce que cet hiver coûtera.