Bruxelles remet le compteur : 18 mois sans TVA hors UE

Ce que Bruxelles a réellement écrit
Le 30 avril 2026, la direction fiscalité et douanes de la Commission européenne, la DG TAXUD, a publié une note d'orientation sur l'application des règles douanières et de TVA aux bateaux de plaisance, mise en ligne le 11 mai. Ce n'est pas du droit, et la Commission prend soin de le dire, mais c'est la référence vers laquelle se tourneront désormais chaque douanier national et chaque avocat spécialisé. La note rappelle le marché fondamental de l'admission temporaire : un yacht immatriculé hors de l'UE et détenu par une personne ou une société résidant hors de l'UE peut entrer et naviguer dans les eaux de l'UE sans payer de droits ni de TVA à l'importation, à condition d'être destiné à la réexportation.
Les chiffres qui font titre sont ceux qui intéressent les propriétaires. La durée d'admission standard va jusqu'à 18 mois, prolongeable seulement dans des cas étroits et justifiés. Aucune durée minimale de séjour hors de l'Union n'est exigée : une sortie au-delà de la frontière puis un retour ouvrent donc une nouvelle fenêtre de 18 mois. Le seul plafond ferme que la note conserve est un total cumulé de dix ans par coque. En clair, un propriétaire non européen bien conseillé peut garder un bateau en Méditerranée presque indéfiniment dans une décennie, tant que les papiers et les sorties sont réels.
L'Italie trace la ligne des 12 milles
Deux semaines après Bruxelles, le 15 mai, l'Agence des douanes et des monopoles italienne (ADM) a publié la circulaire n. 11/2026 pour indiquer à ses agents comment appliquer le régime en pratique. Le point de départ est généreux : le simple franchissement de la limite douanière des douze milles nautiques place automatiquement un yacht privé sous admission temporaire, sans aucun formulaire à déposer. Le hic, c'est la preuve. L'ADM conseille malgré tout aux propriétaires de figer la date d'entrée, soit en déposant une déclaration verbale sur le formulaire 71-01 au bureau de douane local, soit en faisant confirmer l'arrivée par la capitainerie, afin que le compteur des 18 mois ne puisse être contesté plus tard.
L'apurement du régime en est le miroir. Pour établir que le bateau est sorti et que le compteur repart à zéro, l'ADM acceptera un suivi AIS plaçant le yacht en eaux internationales, des documents d'une escale hors UE, des factures de soutage émises hors de l'Union ou un livre de bord correctement tenu. Cette liste compte, car ce sont exactement les pièces qu'un broker ou l'avocat d'un acheteur exigeront à la revente pour prouver que le statut TVA du bateau n'a jamais été rompu. C'est un trou dans la piste, et non la taxe elle-même, qui transforme une coque saine en problème.


La nouvelle ouverture pour les yachts de charter
Le changement le plus net concerne les bateaux commerciaux. Jusqu'ici, un yacht de charter sous pavillon étranger ne pouvait pas effectuer un charter payant dans les eaux italiennes sous admission temporaire, une possibilité que la France admettait de longue date pour certains pavillons. La circulaire 11/2026 ouvre cette porte : un yacht commercial non européen peut entrer sous le régime pour un charter déterminé, à condition de présenter le formulaire 71-01 accompagné du contrat de charter et de consigner chaque opération. Une fois le contrat signé, le bateau n'est plus un moyen de transport privé : l'admission ne court donc que pour la durée de ce charter et l'itinéraire annoncé, après quoi le yacht doit sortir et documenter sa sortie.
Pour les propriétaires et les acheteurs, le message est que le principal abri TVA de la Méditerranée est désormais écrit plutôt que transmis oralement, et que la discipline se joue dans les archives, pas dans la règle. Un bateau sous pavillon non européen avec un historique de navigation ne vaut que ce que valent sa trace AIS et son livre de bord : un acheteur doit donc les lire d'aussi près que l'expertise. Faire naviguer un yacht sous pavillon étranger en charter vers l'Italie dispose maintenant d'une voie documentée qui n'existait pas il y a un an, à condition que le contrat et le formulaire 71-01 soient en place avant que le premier invité ne monte à bord.