Un concept de 68 mètres cache ses mâts et annonce 33.000 litres économisés sur une traversée de l'Atlantique

Ce qui a été dessiné
Samy est un yacht à moteur de 68 mètres qui embarque une assistance vélique sans ressembler à un voilier. Les mâts rentrent, les voiles sont gonflables, et Tony Castro a développé la carène et la superstructure pour que les deux disparaissent dans la structure lorsqu'ils ne servent pas. Les objectifs affichés sont de garder des lignes extérieures nettes, de réduire la prise au vent et de laisser les ponts libres du matériel qu'un gréement classique impose.
En complément du gréement, le studio a intégré une production solaire et des éoliennes compactes dans la superstructure, présentées comme une seule architecture énergétique renouvelable du bord et non comme une série d'ajouts boulonnés. Le programme d'aménagement reste conventionnel pour la taille, avec un pont arrière organisé autour d'une piscine entourée de salons et d'un coin repas en plein air.
Le chiffre et ce qu'il vaut
Le studio estime l'économie à environ 33.000 litres de carburant sur un aller-retour classique entre la Méditerranée et les Caraïbes, comparé à un yacht à moteur conventionnel de taille similaire. Au prix du soutage que rencontre un yacht dans les îles atlantiques, cela représente une facture de carburant allégée de quelques dizaines de milliers d'euros par saison. Rapporté au coût d'exploitation d'un 68 mètres, ce n'est pas une économie significative.
L'économie qui compte se situe dans la comptabilité des émissions, pas sur la facture de carburant. Alors que l'Union européenne décide de la place des yachts dans son marché carbone et que les États du port ajoutent leurs propres règles, une réduction documentée du carburant brûlé sur une traversée océanique devient un actif de conformité. Un propriétaire qui lit ce concept devrait convertir les litres en tonnes de dioxyde de carbone, puisque c'est l'unité qu'emploie la réglementation.
Pourquoi l'assistance vélique revient sans cesse
Les yachts à moteur à assistance vélique sont proposés à chaque cycle du prix du carburant depuis les années 1980, et presque aucun n'a été construit. Les raisons sont constantes. Un gréement ajoute du poids en hauteur et complique la stabilité, il exige un équipage capable de le manoeuvrer, il limite le tirant d'air sous les ponts et dans certains ports, et les propriétaires n'en voulaient pas l'allure. La réponse de Castro aux trois derniers points consiste à faire disparaître le gréement.
Des mâts rétractables et des voiles gonflables ne sont pourtant pas sans conséquence. Tout ce qui se rétracte est un mécanisme, et les mécanismes situés à l'extérieur d'un yacht vivent dans l'eau salée et servent rarement, ce qui constitue le pire cycle d'utilisation possible. La question technique pour un acheteur sérieux est de savoir ce qui se passe quand un mât refuse de descendre, et ce que la société de classification dit alors de l'état du navire.
Comment lire un concept
Aucun chantier n'a été annoncé, aucun propriétaire ne se trouve derrière et aucun prix n'a été publié. Les studios de design sortent des concepts pour démontrer leur savoir-faire et pour susciter exactement la conversation dont cet article fait partie, et la plupart ne quittent jamais les images de synthèse. Cela ne les rend pas inutiles. Un concept est le moyen le moins cher de voir à quoi ressemble, pour un studio, le prochain cahier des charges.
Ce que Samy dit du cahier des charges actuel est précis. Les propriétaires réclament une efficacité mesurable, et ils refusent un bateau qui aurait l'air de faire une déclaration sur l'efficacité. Ici, chaque élément visible du dispositif environnemental a été conçu pour sortir du champ de vision. C'est une contrainte de conception, et elle indique ce que le studio entend de ses clients. Tony Castro dessine des voiliers et des yachts à moteur depuis des décennies, et le studio a un passé de concepts menés jusqu'au bateau construit. Cela ne fait pas de Samy un projet. Cela signifie en revanche que le dessin a été fait par des gens qui savent ce qu'un chantier accepte et ce qu'il refuse.