Untouchable d'ER Yacht Design : 110m, 8,500nm, et toujours pas de chantier

Un yacht de gentleman dessiné à l'échelle mégayacht
Le 6 août, le studio vancouvérois ER Yacht Design a dévoilé un nouveau concept de 110m baptisé Untouchable, la réponse du fondateur Ivan Erdevicki à la question de ce à quoi ressemble un yacht de gentleman moderne une fois la longueur passée à trois chiffres. Le cahier des charges vise la retenue plutôt que le spectacle : lignes horizontales longues, débords de pont généreux et vitrages du sol au plafond sur les ponts principaux, avec l'idée de brouiller la frontière entre l'intérieur et la mer. Erdevicki a pourtant construit sa carrière sur l'instinct inverse ailleurs - ses mâts ailés en flèche, signature de ses dessins précédents, n'ont rien de retenu - si bien qu'un 110m calme et silencieux se lit comme un écart délibéré, et non comme un style par défaut.
Les chiffres restent classiques pour la taille : une coque en acier sous une superstructure en aluminium, 17m de largeur et un tirant d'eau de 4.4m, autant de valeurs qu'un chantier pourrait chiffrer dès aujourd'hui sans inventer une nouvelle méthode de construction. Ce n'est pas un détail mineur. Un concept qui exige un matériau ou un procédé qui n'existe pas encore reste une expérience de pensée ; un concept dessiné en acier et en aluminium, à des proportions qu'un chantier européen sait déjà découper, est un yacht que quelqu'un pourrait réellement commander. Erdevicki l'a dit sans détour lors du dévoilement : "Avec Untouchable, nous avons voulu créer un yacht qui ne dépend ni de la mode ni des artifices visuels. Son caractère vient de la proportion, de la surface, et de la manière dont chaque pont se prolonge dans le suivant. Elle est puissante mais calme, et plus on la regarde, plus on découvre de détails."

Un beach club qui s'ouvre sur la mer
L'élément mis en avant par ER Yacht Design est le front de mer arrière : un beach club sur plusieurs niveaux organisé autour d'une piscine intégrée à la terrasse supérieure, avec de larges panneaux latéraux de coque qui se rabattent pour prolonger la plateforme utilisable au-dessus de l'eau. Une fois abaissés, ils transforment la poupe en une plateforme de bain continue sur toute la largeur du yacht, ouverte latéralement sur la mer pour la baignade, le bronzage, l'embarquement du tender et les jouets nautiques à la fois, plutôt que la simple porte de tableau arrière sur laquelle s'appuient encore la plupart des yachts de plus de 100m.
Un espace de retraite à l'avant vient équilibrer l'ensemble : un vaste pont avant privé, à l'écart du passage des invités du beach club, et un héliport complet doté de ses propres systèmes de ravitaillement et de vidange, séparés des zones d'hébergement. Pour un armateur qui partage sa saison entre le mouillage devant une plage et des allers-retours en hélicoptère pour des week-ends d'invités, cette disposition place les deux fonctions les plus bruyantes et les plus actives d'un 110m, la baignade et les opérations d'hélicoptère, aux deux extrémités du yacht, chacune fonctionnant sans déranger l'autre.

L'ingénierie derrière le calme
La propulsion d'Untouchable est hybride diesel-électrique sur une ligne d'arbres classique, avec des hélices à pas variable et un système intégré hélice-safran Promas, complétée par une motorisation électrique PTI/PTO qui permet au yacht de naviguer aux seules batteries à basse vitesse. Rien d'exotique là-dedans : Feadship et Heesen équipent déjà des yachts actuellement en construction de variantes de la même architecture, si bien que le studio propose une motorisation éprouvée plutôt que de miser le concept sur une technologie non démontrée.
Le gain, c'est l'association d'une vitesse de croisière réelle de 17 nœuds à une autonomie de plus de 8,500nm, de quoi traverser l'Atlantique et poursuivre vers un second océan sans faire escale pour du carburant, et non un chiffre de déplacement lent choisi pour faire bonne figure sur une fiche technique que personne n'attend qu'un armateur exploite vraiment. La propulsion électrique au mouillage ou sur de courts trajets signifie aussi que le beach club et le pont avant peuvent tous deux être utilisés groupes électrogènes coupés, ce cadre plus silencieux et moins vibrant pour lequel le parti pris intérieur de bois clairs, de textiles ivoire et de surfaces en pierre est manifestement pensé.
Un studio qui a déjà mis un yacht à l'eau
La crédibilité d'ER Yacht Design sur un concept de cette taille repose sur une référence antérieure : Project Gotham, un 46m dessiné par Erdevicki pour Icon Yachts aux Pays-Bas, sur une coque des architectes navals Van Oossanen. C'est un petit yacht à côté d'un concept de 110m, mais c'en est un réel, construit par un chantier doté de son propre bureau d'études et non un simple rendu numérique, la preuve que les lignes du cabinet survivent au contact d'un architecte naval et d'un contrat de construction, ce que la plupart des studios de purs concepts ne peuvent pas montrer.
Le cabinet a des références au-delà de Gotham : un projet de 65m un temps destiné à un dévoilement au Monaco Yacht Show, et une série de concepts, Untouchable compris, qui misent chacun sur un geste signature marquant plutôt que sur un dossier technique complet, des mâts en flèche pour un dessin, un beach club baignable pour celui-ci. C'est la position habituelle d'un studio de design face à un chantier : il vend l'idée, et c'est à quelqu'un d'autre de signer pour l'acier. Erdevicki décrit l'approche générale du cabinet comme un éloignement des clichés habituels du design nautique au profit de partis pris qui sont, selon ses propres mots, différents et porteurs de sens tant sur le plan du design que de la technologie, une ligne qui vaut autant pour les mâts en flèche de ses travaux précédents que pour un beach club qui s'ouvre latéralement sur la mer.
Ce qui n'est pas encore réel
Aucun chantier n'est nommé. Aucun armateur n'est associé au projet. Aucun prix n'existe, parce que rien n'a été chiffré : une construction sur mesure de 110m à ce niveau de spécification se compterait en centaines de millions d'euros une fois qu'un chantier l'aurait réellement étudiée, et Untouchable n'en est pas là. La capacité d'accueil, le nombre de cabines, la taille d'équipage et le GT sont tous absents du communiqué, ce qui est normal pour un premier aperçu de concept mais signifie qu'aucun des points de comparaison habituels avec un yacht déjà en commande, un Lurssen, un Oceanco, un Feadship de longueur comparable, ne peut encore être établi.
Les chiffres de vitesse, d'autonomie, de largeur et de tirant d'eau sont ceux d'ER Yacht Design lui-même, publiés sans qu'un architecte naval indépendant ou une société de classification ne vienne les vérifier ; au stade du concept, c'est une pratique courante et non un signal d'alerte, mais c'est aussi pourquoi l'expression yacht de gentleman moderne doit se lire comme une ambiance que le studio vend, et non comme une spécification à laquelle quiconque se serait engagé. Qu'Untouchable devienne ou non une commande réelle dépend d'un seul élément absent de ce communiqué : un acheteur prêt à mettre le nom d'un chantier en face.
Les points forts et les points de vigilance
Points forts
- Des matériaux réalistes, pas un concept en l'aircoque en acier et superstructure en aluminium : c'est la combinaison standard à cette taille, Lurssen, Oceanco et Feadship construisent tous ainsi, si bien que rien dans le cahier des charges n'exige un matériau ou un procédé qui n'existe pas encore
- Une autonomie intercontinentale réelle8,500nm à 17 nœuds permettraient de traverser l'Atlantique et de continuer au-delà, une véritable autonomie de croisière et non un chiffre marketing adossé à une vitesse de déplacement lente que personne n'utiliserait
- Une motorisation hybride éprouvée, pas spéculativele diesel-électrique PTI/PTO à hélices à pas variable équipe déjà de grandes constructions neuves chez Feadship et Heesen, le concept ne mise donc pas le yacht sur une architecture de propulsion non démontrée
- Le studio a déjà livré un yachtProject Gotham montre que les lignes d'ER Yacht Design survivent au contact d'un chantier réel et d'un architecte naval réel, ce que la plupart des studios de purs rendus ne peuvent pas revendiquer
Points de vigilance
- Aucun chantier, aucun armateur, aucun contratUntouchable reste un exercice de style et non une commande : rien ici n'a été chiffré, étudié en détail, ni engagé en acier par qui que ce soit
- Les chiffres sont ceux du studio lui-mêmevitesse, autonomie, largeur et tirant d'eau proviennent du communiqué d'ER Yacht Design, sans qu'aucun architecte naval indépendant ni aucune société de classification ne les ait vérifiés
- Aucun chiffre d'invités ni d'équipageà 110m, un acheteur a besoin du nombre de cabines, de la taille d'équipage et du GT pour comparer avec un yacht déjà en commande - rien de tout cela n'a été communiqué
- Yacht de gentleman moderne, un cadre marketingl'expression décrit une ambiance et non une spécification, elle ne doit pas se lire comme un engagement sur un aménagement ou un déplacement particulier
Informations pratiques
- Longueur / largeur / tirant d'eau
- 110m hors-tout, 17m de largeur, 4.4m de tirant d'eau
- Coque / superstructure
- coque en acier, superstructure en aluminium
- Propulsion
- hybride diesel-électrique, hélices à pas variable, système intégré hélice-safran Promas, motorisation électrique PTI/PTO pour une navigation silencieuse à basse vitesse
- Vitesse de croisière / autonomie
- environ 17 nœuds, plus de 8,500nm
- Prix
- non publié - aucun chantier n'a été nommé et aucun contrat de construction n'existe
- Ce qui n'est pas publié
- la capacité d'accueil, le nombre de cabines, la taille d'équipage et le GT sont absents du communiqué, ce qui est normal pour un premier aperçu de concept mais ne permet pas encore de comparaison avec un yacht en commande
- Le palmarès du studio
- la référence la plus nette d'ER Yacht Design est le 46m Project Gotham, construit par Icon Yachts sur une coque Van Oossanen - les dessins du cabinet sont donc allés au moins une fois jusqu'à un chantier réel